Georges Romero

Dès 1968, George A. Romero, artiste issu de la contre-culture américaine, révolutionnait le genre fantastique avec Night of the Living Dead, film en noir et blanc, empreint d'une énergie documentaire où des zombies, métaphore d'une Amérique déliquescente, propulsaient le cinéma d'horreur sur un terrain explicitement politique.

Dans les films de Romero qui suivirent (Dawn of the Dead 1979 et Day of the Dead 1985), les morts-vivants devenaient les porte-paroles de la plupart des mouvements contestataires, qu'ils soient sociaux (majorité silencieuse), radicaux (revendication des minorités) ou économiques (partage des richesses). Après le Bronx de New York où il a passé son enfance et à partir de Pittsburgh où il a tourné nombre de films, loin d'Hollywood et des figures gothiques traditionnelles, les zombies de Romero ont envahi les villes et les champs, les centres commerciaux et les aéroports, contaminant toutes les vies civiles, urbaines, militaires ou scientifiques par la mort en marche... Contre une Amérique qui s'était longtemps vécue en « utopie réalisée », le cinéma de Romero se dressait comme la mise à l'épreuve de l'idée même du Nouveau Monde : après le rêve, le cauchemar …

Son œuvre fut d'abord reconnue en France, puis dans le monde entier. Elle prenait au sérieux le genre « gore » et ouvrait les plaies d'un non-dit qui touchait l'universel, contre les codes aseptisés de la narration classique.

Selon Romero, le monde contemporain, représenté sur quatre décennies depuis la guerre du Vietnam, n'a pas de sens. Le chaos est partout. L'extrême cohérence de son inspiration, son urgence à nous précipiter dans l'action, son montage délibérément heurté, son refus des causalités traditionnelles, sa fièvre à corrompre toute idéologie par une pathologie et sa capacité de renaissance toujours intacte, s'imposent comme autant d'actes forts contre les normes du récit cher à Hollywood.

Jean-Jacques Bernard