Val Lewton

En 1942, la RKO-Radio Pictures frôle la banqueroute après avoir produit deux œuvres majeures du génial Orson Welles qui, malgré leur réussite critique sont des flops au box-office.  Les studios RKO ont crée un nouveau département de série-B, en pensent pouvoir se remettre de leurs pertes financières en produisant des films qui pourraient rivaliser avec les films de monstres qui tourne les studios Universal. Val Lewton (1904-51), écrivain et scénariste en chef de David Selznick est engagé à la tête du département chargé de la production de films d’horreur de série B. Il doit tout de même s’accorder sur deux principes : faire des films à petit budget qui n’excèdent pas 75 minutes et trouver une histoire qui corresponde au titre qu’on lui donne à l’avance. Il rassemble alors son équipe qui compte, entre autres, le réalisateur Jacques Tourneur, les monteurs Mark Robson et Robert Wise, et l’écrivain DeWitt Bodeen. Plus tard il permettra à Wise et Robson de réaliser leur premier long métrage.

La RKO n’a pas eu ce qu’elle attendait de Lewton, qui rejetait en effet les conventions des films d’horreur de série B de l’époque. Mais ils ont eu beaucoup plus. Lewton leur a donné des films d'une complexité et profondeur psychologiques et d’une rare poésie visuelle ou les endroits de tous les jours – le métro, la rue, la piscine,– deviennent des scènes de terreur et d’angoisse. Le mal ne se trouvait pas dans les châteaux brumeux de l'Europe de l'est, mais chez des gens ordinaires au pour qui la vie a en quelque sorte joué un mauvais tour. Les personnages de Lewton sont attirés inexorablement vers la mort, d’autres sont poussés vers l’insolite, l’inhabituel. Lewton a produit 9 films de horreur pour le RKO. Ils avaient tous des excellent metteur-en-scène, mais ils portent tous l'empreinte indéniable de Val Lewton et sa vision du monde pessimiste. C’est lui qui a réécrit les dernières versions des scénarios, faisait des plans très détaillés des décors, et qui a écrit des dialogues percutants qui n’avait jamais été le cas pour des films de série B. Aujourd’hui, beaucoup parle de « Lewton films ». Pour preuve de cette reconnaissance, Lewton est le seul producteur dont le nom est exploité pour des compilations de films en format digital.