Italian Pop

A la fin des années soixante, l’Italie de la révolution sexuelle, de la contestation estudiantine, des « Urlatori alla Sbarra » qui rêvaient de Swinging London, de progressive rock et de la Valentina des BD, finit par rencontrer le cinéma. Et il ne pouvait en être autrement. En effet, tout le monde, à l’époque, allait au cinéma en quête de quelque chose : quelque chose de nouveau, à la fois reflet de l’époque et invention de l’avenir. Ainsi naquit un mouvement aux contours mal définis, que nous appelons par commodité pop, mais qui était l’expression tumultueuse de diverses exigences sociales. Tout le monde s’en est d’ailleurs saisi, et à tous les niveaux.

Le cinéma d’auteur comme le cinéma populaire. Chacun avec ses propres idéaux et ses propres objectifs, mais presque tous avec la volonté de réinventer le genre. On peut dire que Blow up (1966) de Michelangelo Antonioni, est structurellement un polard (giallo), comme La dixième victime de Elio Petri, est au fond un film de science-fiction, sans rien enlever aux intentions des auteurs. Alors que Roberto Faenza et Bernardo Bertolucci revendiquait à haute voix leur statut d’auteurs dans des films comme Escalation (1968) ou Partner (1968), d’autres comme Piero Schivazzappa (Femina Ridens) et Alberto Cavallone, qui a signé les dialogues de la version italienne de The Lickerish Quartet (1970) de Radley Metzger, s’en moquaient totalement et jouaient avec l’exacerbation de l’image, de la musique et des corps de leurs personnages. Un cinéma nouveau, fait de couleurs, de sons, de formes géométriques et de cadrages audacieux qui n’avait absolument rien de néoréaliste. Ces éléments sont devenus le patrimoine de toute la cinématographique italienne de l’époque, et ont laissé des traces.

Pensons aux choix de mise en scène de Sergio Martino dans des films d’une bien autre consistance comme Tutti i colori del buio (1972), qui n’est guère qu’une sorte de Rosemary’s Baby (1968) à la sauce pop. On le doit en grande partie à la musique et aux nombreux musiciens – les Bacalov, Umiliani, Morricone, Cipriani, Rota – qui ont inventé un genre sans le savoir ou en imaginant qu’on y verrait des années plus tard de la musique lounge. Il y avait aussi la volonté d’expérimenter et de jouer avec le support cinématographique  et de le métisser avec d’autres  supports, comme par exemple, la BD moderne de Crepax et Bunker. Mario Bava tourne Diabolik (1968), Piero Vivarelli, Satanik (1968), Umberto Lenzi, Kriminal (1966) et Corrado Farina, Baba Yaga (1973),  et donnent une tridimensionnalité aux héros et héroïnes de BD, alors que Tinto Brass, dans Col cuore in gola (1966), va jusqu’à construire une BD sur grand écran. A la recherche d’un spectateur moderne qui avait cessé d’exister.

Manlio Gomarasca, Nocturno