Edgar Wallace

Bien que méconnue au-delà des frontières germanophones, la série des films Edgar Wallace a pourtant marqué pendant plus d’une décennie le cinéma d’outre-rhin. Entre 1959 et 1972, plus de 35 films adaptés des romans de  l’écrivain britannique ont vu le jour, produits par la société Rialto; une effervescence telle que le connaîtront bien peu de séries au cinéma. 

Inclassable pour l’époque, la série, qui débuta en 1959 avec la Grenouille attaque Scottland Yard, donnera naissance au genre des Krimis, étrange mélange de film d’horreur, de comédie et de policier. Bien que dépourvus d’éléments surnaturels, ils ne se gênent en aucun cas pour flirter avec les codes du fantastique, dans un Londres imaginaire, nappé de brouillard et de mystères.

Indirectement, les films Edgar Wallace renouent avec la tradition du cinéma expressionniste. Alors que pendant les années 20, l’Allemagne a livré avec Nosferatu ou Le Golem quelques-uns des plus grands chefs-d’œuvre du cinéma fantastique, les nazis ont brutalement mis fin à cette épopée cinématographique. De la même manière, le genre policier sera banni des écrans par le ministère de la propagande, au profit de genres plus distrayant et de sujets plus légers.
Avec les Krimis, pour la première fois depuis la fin de la deuxième guerre mondiale, des réalisateurs allemands ont osé se pencher sur les tréfonds de l’âme humaine. Il serait bien évidemment déplacé de comparer ces films avec le grand cinéma expressionniste, pourtant, certains éléments rappellent indéniablement l’âge d’or du cinéma allemand et apportent à la série une grande élégance, qu’il s’agisse du jeu de lumière ou de la distribution des  rôles confiés  à des vedettes du muet comme Fritz Rasp (Metropolis) ou Lil Dagover (Le cabinet du Dr. Caligari).

C’est en partie grâce au succès des Krimis que les producteurs transalpins songeront à s’essayer au Giallo à la fin des années 60. Les derniers films de la série, comme Le tueur à l’orchidée ou Mais qu’avez-vous fait à Solange, coproductions germano-italiennes, témoigneront notamment de l’avènement du Giallo et de l’épuisement du Krimi.

Olivier Schwehm